Carnet de route
L'épaule du Cornafion, Vercors
Le 10/02/2019 par Lambert Pierre
L’épaule du Cornafion, remplacement de la sortie prévue dans le massif de Belledonne
Ce dimanche 10 février, les flancs du Roc de Cornafion ont été arpentés par une espèce animée glissant sur la neige. Ces êtres évoluaient par groupes et c’est un autre narrateur qui aurait pu rapporter le départ du premier d’entre eux.
Ils avaient rendez-vous à 07h15 à Bourgoin Jallieu, le dernier est arrivé deux minutes après le départ théorique ! C’est comme les trains, il faut se présenter avant. Surtout lorsque l’on fête des retrouvailles selon Grinch...euh, non, Jean-Louis, devant Blanches-nées, je me trompe encore, Catherine et Marion mais surtout Jean-Michel qui effectue sa première sortie en skis de rando depuis son interruption bien involontaire ; c’est aussi avec grand plaisir que l’on retrouve Michel, Thomas, Sébastien et que Pierre fait la connaissance de Maxime. Comme le trajet était bref, il ne semble pas y avoir eu de conséquences.
C’est aussi l’illustration de l’esprit de patience et de tolérance du CAF. En revanche, il reste pour certains à travailler leurs compliments envers les femmes ; plus clairement, certaines remarques un peu matchistes parasitent encore ces sorties. Un effectif masculin prépondérant devrait au contraire inciter à célébrer les participantes ou encadrantes qui nous font l’honneur de leur présence.
En montant sur le plateau du Vercors, Chamechaude et la Pinéa se profilaient merveilleusement au loin malgré le temps incertain. Au lieu dit les Espinasses, nous contemplons le Cornafion avant de chausser d’emblée les skis, longer un bois puis serpenter dans une combe clairsemée de sapins courts ; le vent souffle par rafales d’abord peu intenses mais cela suffit pour rendre la trace glissante et inciter la plupart à ne pas quitter leur veste. Les couteaux ne sont pas loin, une paire est même sollicitée.
Un Chamois reprend maintenant le récit :
Une de ces créatures évoluait avec légèreté et aisance sur ces pentes (Catherine) et aperçu la première un de nos congénères qui descendait cette même combe alors qu’un mâle inévitablement moins discret quoique attentif et réservé (Michel) nous aperçu alors que nous contournions un passage rocheux en pratiquant quelques beaux sauts dignes de notre réputation ; nous étions pourtant régulièrement entravés dans notre progression dans cette neige assez épaisse. Nous sommes restés nobles depuis ce surplomb raide mais circonspects et avons poursuivi notre trace maintes fois parcourue ; nous ignorions que des créatures de forme comparable mais sans scrupule, équipés de fusils à lunette ferait à un moment ou un autre bien peu cas de notre existence ; si seulement ils savaient que l’animal devrait peut être traiter l’espèce humaine comme les hommes procèdent trop souvent envers ces espèces qu’ils considèrent sans âme ni conscience. L’un des leurs a d’ailleurs inventé le scénario inverse, l’animal opprimant l’être humain. Il s’agit de Vincent Message, auteur de « Défaite des maîtres et possesseurs » : voici ce que l’on trouve sur la page web de France culture,
https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-a-penser/lanimal-est-lavenir-de-lhomme-45-contre-lanimal-la-guerre-sans-nom
« Le regard d’un écrivain sur la condition animale, avec une fable glaçante qui met à jour, par le biais d’une impitoyable inversion, les souffrances infligées à de nombreuses espèces animales par nos sociétés contemporaines. L’auteur imagine un monde dans lequel des nouveaux nés sont séparés de leur mère à la naissance, grandissent enfermés dans des bâtiments, sans pouvoir sortir ou jouer à l’air libre ; et arrivés à l’adolescence, ils sont emmenés dans des camions pour être tués… L’occasion d’une réflexion plus large : que dit la littérature de notre rapport à l’animal ? Que peuvent, la littérature, la culture et l’art en général pour accompagner une prise de conscience encore timide ? »
Une araignée faisait elle aussi une randonnée, traversant un passage neigeux vierge de toute substance végétale dans un rayon de plus de cinq mètres, bon voyage et bon vol si c’est à l’aide d’un fil flottant que tu es arrivée jusque-là.
Les rafales sont plus fortes au fur et à mesure que nous progressons et le temps incertain contraint Michel et Marion, nos deux encadrants à renoncer au deuxième objectif de cette journée, le pas de l’ours. On manque de perdre l’équilibre à plusieurs reprises et le visage battu par les projections de neige, nous arrivons au sommet de l’épaule d’où nous contemplons sa falaise mais surtout les pics situés entre le Taillefer et l’Obiou, ainsi que la grande Moucherolle. Par moment, le vent tourbillonne et lorsque nous nous décalons sur l’épaule, c’est un vent violent et continu qui nous incite à retirer les peaux en contrebas. La descente est restée plaisante malgré une neige souvent dure et cassante, mais sans impact sur les croisés des uns et des autres. Passons sur l’épisode du bâton qui nous a permis de refaire un peu (vraiment peu!) de dénivelée pour que son cumul reste plus digne d’une sortie CAF. Curieusement, c’est à la descente que nous croisons du monde, on pourrait les croire paresseux et casaniers : peut être l’un des membres de ces autres groupes avait perdu ses clefs de voiture ?
Sortie brève qui ne pouvait se terminer sans la mise en application des conseils de notre président : dès que vous pouvez, faites un exercice de recherche de DVA ; mieux que cela, nos encadrants nous ont même concocté un scénario dans lequel il fallait se mettre en conditions réelles, rassurer le survivant d’un autre groupe. Que ce soit en mode analogique ou numérique, sur une pente faible, les délais de localisation n’ont pas été très longs mais le groupe n’était pas fatigué, les DVA enterrés le plus possible mais sans doute moins qu’un skieur emporté...On a beau trouver logique les différentes étapes de la conduite à adopter, cette révision était la bienvenue, permettait aussi de vérifier le fonctionnement des sondes…
Au plaisir de repartir ensemble, en ski ou en escalade comme on l’évoquait en voiture ou dans un café de Lans en Vercors.
Un grand Merci à Maurice et Bernard pour la tenue du site




